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Si Google vous a guidé ici, alors que vous cherchiez la différence entre le documentaire et la "Télé-Réalité", ou parce que vous vouliez connaitre les contraintes que la "Télé-Réalité" exerce sur cette "réalité", c’est que ces questions sont justes, mais que les réponses ne sont pas forcément évidentes !
Documentaire et Télé-réalité visent pourtant le même but avoué : partager le monde, le réel, avec vous. (Le documentaire est également souvent appelé "cinéma du réel")
Mais ces deux types de programmes audiovisuels sont différents, et nous le sentons bien.
Dans un premier temps, rappelons la différence la plus évidente (mais trop souvent incomprise) : le Documentaire est (à l’origine) un objet de cinéma, la "Télé-Réalité" est un objet de télévision, comme son nom l’indique.
A part ça, Documentaire et Télé-réalité peuvent sembler identiques, les héros jouent leur propre rôle, c’est filmé en temps réel (pas d’explosions au ralenti, pas de déplacement éclair...), les héros travaillent, s’amusent et se disputent... Ils vivent leur vie.
Alors, "les différences !" me direz-vous... Ce sont principalement des différences morales, dans la façon dont on installe les caméras, et dans la façon dont on vous vend une prétendue réalité.
Dans une "Télé-Réalité", les caméras sont partout et filment en permanence [1]. Le dispositif permet des images "vraies", si on en croit les concepteurs de ces émissions.
Dans un documentaire, le cinéaste choisit de vous montrer un, ou plusieurs moments qu’il a choisis dans la vie des héros, selon un axe de caméra qu’il a choisi. Il admet presque tout le temps, la subjectivité de son regard.
Il faut pourtant bien être conscient que l’un n’est pas plus réel que l’autre.
Avant de vous les montrer, le réalisateur de télévision a bien fait un choix des moments et des axes qui lui semblent intéressants : C’est son regard sur la réalité que nous partageons.
Il n’y a pas spécialement de vérité dans une image. La réalité a existé au moment de la prise de vue, mais ce qu’il en reste dans l’image, dans l’enregistrement, n’est qu’une trace, un indice, sur ce qu’il s’est passé. L’image d’une caméra de surveillance peut très bien filmer une mise en scène sans que le spectateur en soit conscient. Et il ne restera que la scène, sans que la mise en scène soit visible dans l’image.
Dans la télé-réalité, le mot "Réalité" est simplement accolé, alors qu’il y a en fait, deux temps dans une image, deux temps qui ne coexistent jamais : la réalité de la scène enregistrée, et la réalité de sa diffusion à la télévision. Rétablir le lien entre ces deux temps n’est jamais possible. A moins d’enquêter... !
Il y a donc arnaque sur les prétentions : C’est du subjectif (un point de vue personnel selon des envies et des émotions personnelles, une trace prélevée dans un temps qui nous est alors inaccessible), et on voudrait nous faire croire que c’est plus réel que le reste.
C’est faux, et ça évite de se demander :
Mais pourquoi nous montre-t-il ça ?
Les situations dans lesquelles les héros sont plongés sont-elles réelles ?
Dans une image, je vois un peu de moi, ou j’y mets un peu de moi (identification et projection). Ce sont des mécanismes inconscients. Ce que nous a appris la psychologie (et les autres sciences sociales) au 20ème siècle, c’est qu’inconsciemment, c’est moi que je cherche à observer lorsque j’observe une image.
Dans la télé-réalité, nous nous retrouvons donc à chercher un peu de nous-même dans la vie de gens d’un seul type, qui vivent des situations d’un seul type.
Conclusion :
L’influence de la télé-réalité se fait donc en provoquant inconsciemment, un "effet de miroir", un "ça me ressemble", entre nous et une réalité partielle et violente. Chaque fois que nous regardons ou pensons à la télé-réalité, notre imagination ne travaille que partiellement : d’autres parties de la réalité sont mises de côté.
Devant un documentaire, être conscient que l’on ne voit pas toute la réalité permet à l’imagination de travailler à plein régime. Ce qui compense "l’effet de cache". C’est plus moral de dire : "Je ne vais pas tout vous dire" et ça permet d’imaginer ce qu’il manque.
Dans ses grandes réussites, le documentaire est une éthique de l’image à lui seul : On doit sentir que le réalisateur a mesuré la durée des plans, afin de nous faire ressentir le moment tel qu’il l’a vécu, ou tel qu’il sent que cette durée est la juste durée. J’entendais récemment un réalisateur dire que pour lui, le bon montage est celui qui restitue la respiration de la vie.
On doit sentir que le cadre embrasse, scrute, craint, contemple, habille, déshabille, dévore, furète, interroge... On doit sentir que le cadre, la découpe de l’espace, rassemble certains éléments et en laisse d’autres de côté.
A ce niveau-là, que ce soit de l’info (le "reportage") ou du cinéma (le "documentaire"), la télévision perd toujours une part de la sincérité et de l’innocence en cours de montage. Et si nous avons du mal à faire la différence entre la Télé-réalité et le Documentaire, c’est parce que la majorité des documentaires diffusés à la télévision utilisent des techniques semblables à la Télé-Réalité (La Voix-off permanente qui indique ce qu’il faut voir, la promesse d’avoir "toutes les réponses sur...", la confusion entre des individus et un pays en utilisant un titre très général : exemple "Avoir 20 ans à Sydney", etc...) Toutes ces techniques n’appartenant pas au documentaire, mais plutôt au domaine de la publicité.
Il faut également se rendre compte que la télé-réalité ne nous est pas vendue comme un documentaire.
Elle est propulsée par une campagne de publicité (d’un genre spécial) :
Le producteur lance l’idée : "Big Brother, c’est l’évènement"
Les journalistes commentent : "C’est nouveau, tout le monde va regarder."
Quelques personnes regardent effectivement, et ça interpelle les parents et amis : "Je veux voir ce que mes amis regardent."
A la pause, à la récré : "C’est extraordinaire, tout le monde regarde !"
Et vous vous dites : "ça me regarde !"
On a donc initié une réaction en chaîne. Cela ressemble au "bouches à oreilles", mais c’est amplifié par un effet "tout le monde".
Des journalistes pensent observer et commenter "Ce que les gens aiment", sans se rendre compte qu’ils sont pris dans une campagne de publicité. Les gens n’ont pas encore décidé s’ils allaient aimer, qu’on suppose déjà qu’ils vont aimer.
Sans cette annonce qui vous dit "vous allez aimer", sans l’effet "tout le monde" qui nous fait dire "ça me regarde", l’impact d’une Télé-Réalité serait bien moins fort.
Ici, c’est une idée qu’on vend, et on pourrait parler de propagande, au sens original du mot. Car on tente de vendre "une certaine idée de la réalité". Et comme nous l’avons vu ci-dessus, cette idée de la réalité, est faite uniquement de situations dans lesquelles les humains se comportent comme en "situation de crise".
Intéressante cette idée de crise, non ?
Le documentaire et la "Télé-réalité" sont des images en mouvement dans lesquelles on voit des situations qui existent vraiment.
C’est la morale de celui qui fait ces images, qui les distingue :
Et il y a un troisième point :
[1] (laissons de côté la -petite- exception de la "salle CSA")